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 L'appel de la mémoire.

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MessageSujet: L'appel de la mémoire.   Ven 19 Déc - 23:22

Elle n'avait jamais nulle part où aller... Elle avait parfois l'habitude d'oublier, ne serait-ce que pour un instant, le fait qu'elle n'appartienne plus aux vivants, et ne revient au présent qu'une fois un coup de froid lui rappelle sa réalité, ou une mélancolie des temps passés se trouve bien oubliée et décide de resurgir. Elle avait une étrange attirance pour les églises, et tout ce qui ce rapportait à la religion. Ou bien tout simplement aimait-elle les enceintes calmes, où l'on ne profère que des prières, où l'on n'est répondu que par le silence. Elle aimait aussi les souvenirs. Aussi vagues soient les souvenirs humains, elle y croyait.

*Notre mémoire peut très bien n'en faire qu'à sa tête, elle modifie les détails d'un événement passé, les couleurs d'un souvenir lointain, jusqu'à donner un faux sens à chaque chose. Mais tu sais, Celestia, je crois en la mémoire, parce qu'elle te permettra de te souvenir du pauvre protecteur que j'étais... M'en irais-je peut être avant toi, je voudrais te graver de mon essence. Mais ne me suis point car là où je m'en irai, je ne saurais me souvenir.*

Il lui avait dit ces quelques mots à l'église, à cette époque. Peut être que lui aussi, aimait les endroits de pure quiétude. Elle ne l'avait jamais véritablement connu, parce qu'elle était trop égoïste, et qu'il était trop amoureux. Mais il la connaissait.

*Ne me suis point...*

Il la connaissait trop pour savoir qu'elle le ferait. Mais que pouvait-elle à son propre sort? Le temps du bonheur était irrémédiablement résolu et celui de la mémoire, impuissant et fagile s'installe, mais c'est une sensation que seuls les morts peuvent ressentir, car la perte est loin d'être saisie par les mots.

Elle était seule avec le bois et l'odeur de papier vernis qui colle au nez. Mais elle voulait de la compagnie. Cela faisait si longtemps qu'elle voulait de la compagnie. Elle espérait que quelqu'un franchirait la porte de l'église. Une personne qu'elle regarderait prier, où si elle a de la chance, bavarder avec, car la solitude commencait à peser lourd, et la solitude pèse lourd sur les épaules de tant de malheureux, qu'il serait égoïste de sa part de la vivre seule.
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Lun 22 Déc - 12:30

Vous est-il arrivé, une fois, de marcher sans trop savoir pourquoi ? De juste faire des pas, sans penser ni réfléchir à ce qui va se passer, à ce qui s’est passé ? De ne regarder rien, d’avoir un regard vide sur le monde qui vous entoure ? Et tout ça pour finir dans un lieu inconnu. Voilà ce qui pouvait expliquer la présence d’Alexiel devant l’église. Revenu des sombre ténèbres qui représentaient ses funestes pensée, il regardait perplexe ce petit chef d’œuvre de tranquillité. Un mélange suave et doux et religion et d’art. Vivant, il n’avait jamais mis les pieds dans une église, il ne savait de la religion que ce qu’il avait entendu sur ce sujet qu’il abhorrait. Des prières, il ne voyait qu’une perte de temps. De toute façon, il ne mangeait pas et ne dormait pas assez seul pour penser à la prière. Comment la religion, ce pilier immense qui allait commencer à s’effriter bien des siècles plus tard, aurait pu trouver une place dans ce cœur frivole ?

Il s’avança assez lentement, hésitant à entrer dans le bâtiment. Pourtant, la perspective de voir, de toucher un lieu mystérieux, bâti de chimères dans son esprit, l’excitait. Son sourire en coin, qui s’était auparavant figé, retrouva toute son insolence et d’une allure sûre, il se retrouva devant la porte. Elle était grande, poussiéreuse, sur le bois foncé luisait des arabesques artistiques, et juste en haut, une immense horloge faisait silencieusement tourner le temps. Ce tic tac régulier et reposant, quoique agaçant à force d’être monotone et prévisible, ressemblait étrangement au battement du cœur humain. Avant sa mort, Alexiel prenait toujours la peine de mettre sa main sur son cœur, écoutant les pulsations toujours calmes de sa poitrine. Indubitablement, son cœur palpitait doucement, comme à l’ordinaire. La main toujours à plat sur son torse, il essayait souvent d’imaginer le flux paisible de son sang chaud, d’un rouge clair, à l’origine de ce rythme. Il songeait alors que c’était là la preuve qu’il vivait et que sous sa paume, il saisissait la vie même qui s’écoulait à cet instant.

Poussé par ses souvenirs sinistres, il posa sa main sur sa poitrine et inconsciemment, il se mit à vouloir entendre son cœur. Il n’attendait que ça, un autre tic tac silencieux qui lui prouverait que sa mort n’était qu’un cauchemar et qu’il allait se réveiller en écoutant la source même de la vie humaine. Cependant, la réalité est tout autre que l’illusion. Vouloir n’est pas Etre. Ainsi, en mettant sa paume sur son sein gauche, il n’entendit rien. Aucune pulsation, aucun tic tac. Aucune preuve de son existence, juste un vide. Il trembla légèrement et laissa tomber sa main. Peut-être ne voyait-il plus dans cette église un lieu mystérieux à admirer mais un refuge à son chagrin. Il poussa la porte qui grinça, comme si, malgré le flux de gens qui y entraient, elle vieillissait.

Une odeur forte de bois humide et de vieux papier peint le frappa de plein fouet. Il fronça ses sourcils blonds et jeta un regard bref sur la pièce. Seule deux immenses statues de Jésus et de la Sainte-Marie attirèrent ses yeux païens et il resta quelques secondes figé par la beauté de ces sculptures. Ses yeux se baladèrent librement, sans entrave, sur les formes grises des deux saints et ses lèvres adoptèrent une moue admirative. Tout en lui trahissait la cohésion un peu violente de son ignorance et de ce qu’avait érigé la religion, ce qu’elle avait donné de merveilleux à ce lieu qui, bâti pour une autre raison que le sauvetage de l’âme humaine, aurait trouvé le désordre si familier aux hommes. Cela faisait bien des années qu’il voyait le monde sombrer dans le luxe, adorer l’art et trouvant en lieu une raison de perdre la Voie du Bonheur. N’avait-il pas lui-même œuvré ainsi ? N’avait-il pas voué sa vie entière eu plaisir et à l’art ? Cette vie qu’on lui avait volée. Mais l’idée noire de venger toute sa famille ne fit que traverser son esprit et il la chassa aussitôt. La justice avait fini, seule, de le venger. A quoi bon rajouter une couche à ce que le monde anglais aurait pu prendre pour un signe du ciel, de la proche fin du monde. Ils auraient terminé de s’humilier en cherchant un nouveau Noé prêt à sauver leurs corps laids et leurs esprits corrompus.

*Au moins, eux, ils ne finiront pas en esclave*

A cette pensée ironique, il tourna la tête et vit ce qu’il aurait dû voir avant. Un esprit et avant même de lui parler, il ressentit cette sorte de compassion qui nous pousse à aimer un frère de combat. Leur combat leur offrait l’éternité et l’incertitude.

Son regard glissait sur les mèches argentées de la demoiselle, souriait de plaisir en voyant son goût vestimentaire et lorsque ses yeux rencontrèrent ceux de la jeune fille, son sourire s’élargit. Son insolence coutumière qu’il adoptait dans les bals et qui faisait rougir les danseuses le poussa à s’avancer et à dire, d’une voix claire :


-Je ne saurais être hypocrite au point d’ignorer la raison de cette mélancolie qui mit sur votre doux visage un voile flou. Je suis assez prétentieux pour croire que ma compagnie saura vous amuser assez pour enlever ne serait-ce qu’un peu de ce masque affligeant de chagrin. Vous et moi, de la nature de notre nouvelle race, ressentant plus fortement le poids de la solitude. Je ne suis ni exorciste existant pour vous tuer ni un humain effrayé par votre présence, et vous non plus. Nous pouvons, de ce fait, causer en toute tranquillité car je ne vois, sur votre figure candide, ce qui pourrait me pousser à croire que nous sommes ennemis. N’êtes-vous point de mon avis ?
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Mar 23 Déc - 0:31

Bien que l'odeur du bois et du papier jaunis par le temps régnait, elle put percevoir un soupçon de parfum, royale, qui lui rappelait une image déformée dans sa mémoire de ces époques en or où les rois s'ornaient de couronne et de pourpre. Elle qui n'avait vu du monde que cette douzaine d'habitations qui froment le village qu'elle n'avait jamais quitté, se rappelait avec une certaine nostalgie les contes de fées et les princesses amoureuses que son frère lui racontait, et ce parfum lui rendait le même sentiment de splendeur et de royauté qu'elle éprouvait toute petite à l'écoute de ces contes.

Elle se retourna vers la porte, une personne dégageant le parfum se tenait derrière, une personne qui dégageait aussi cette sorte de mélancolie qui lui était si connue. La porte fut ouverte, puis franchie par un jeune homme tout à fait élégant, dont le visage exsangue et les yeux blafards contournaient la salle d'un regard vide. Elle était recroquevillée derrière un pilier, de sorte qu'il ne puisse pas la voir, elle se releva, arrangea les plis de sa robe comme si elle attendait son cavalier à un bal. Lorsqu'il la vit, il se rapprocha d'elle et entama leur rencontre, d'un air non dénué de courtoisie, ainsi que de familiarité. La camaraderie dans son ton n'était-elle pas ordinaire? Après tout ils partageaient la même race ainsi que les mêmes douleurs. Et elle se demandait ce que cet individus apparemment habitué à faire la cours aux jeunes demoiselles cachait derrière son sourire à faire fondre n'importe quel cœur, aussi froid soit-il. Elle répondit à ces paroles par le sourire qu'elles méritent. Un esprit, tout comme elle... Elle était curieuse de savoir ce qu'il cherchait, les reflets de ses yeux mystérieux semblaient jouer une mélancolique mélodie, malgré le sourire au coin qu'il exprimait. Elle se retourna vers la fenêtre inondée de lumière, voulant à tout prix cacher une tristesse qu'elle risquait de manifester.

"Aurais-je l'air si affligé, pour que vous vous sentiez dans l'obligeance d'essayer de me consoler, Mon Seigneur? Mais je vous affirme, non sans certitude, que je n'étais rien sauf pensive à cet instant. Mais je ne serais non plus, comme vous le dites, hypocrite au point de ne pas exprimer ma joie de rencontrer quelqu'un dans ces lieux silencieux. L'ennui commençait à peser lourd avant votre venue, et je priais de trouver un peu de compagnie. Si c'est discuter que vous voulez, je ne serais pas contre..."

Elle sourit un peu. De quoi voulait-il bien discuter? Cet individu était bien étrange. Elle ne pouvait décoller son regard des yeux incertains du jeune homme, elle en était éprise.

"Je vois bien que vous non plus, vous n'êtes pas si joyeux que vous ne voulez bien le faire croire par ce sourire trompeur, si je puis me permettre. Et je crois bien que ces yeux qui vous ont certainement bien aidé à faire tomber centaines de jeunes filles vous trahissent. Avant de prêter importance à ce qui fait mon soi-disant chagrin, pensez au vôtre, Mon Seigneur. Je suis certes prête à parler, mais je suis avant ça toute ouïe quant à vos propos..."

Elle se retourna vers lui, cette fois le regard ferme et décidé, le sourire plus large encore.

"Le nom a peu d'importance, et dans la mesure où nous nous trouvons tous les deux, il ne servira pas à grand chose, alors je vous dirais que je m'appelle Celestia."
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Mar 23 Déc - 14:20

Alexiel était, d’habitude, peu enclin à admirer une personne. Quelque soit la beauté dont était doté cet être, jamais il ne faisait plus que balader rapidement ses yeux sur lui. Aucune beauté n’avait jamais su s’attirer ses préférences. Et bien qu’il ait un peu de cette superficialité qu’a donné le temps des magnificences aux nobles, il ne la montrait que par son amour de l’art. Pourtant, tout en parlant, il ne pouvait s’empêcher de la regarder. Elle et son petit air de poupée fragile, ce genre de poupée de porcelaine qu’on ne se lasse pas de regarder, comme on regarde un grand paysage noyé sous une neige voluptueuse. Elle s’était retournée vers la fenêtre que la lumière extérieure essayait tant bien que mal de transpercer de sa chaleur réconfortante. Peut-être voulait-elle dissimuler quelque émotion vague.

- Dans de telles circonstances, je m’excuse de m’être si honteusement trompé, alors que, devant une telle beauté de l’âme et du corps, mes sens d’observateur devraient redoubler de prudence afin de ne point dire quelque parole affligeante pouvant vous gêner. Je dois même avouer que mon erreur me fait plaisir, vous savoir juste pensive me rassure bien que, je ne peux malheureusement pas le nier, je ne suis pas tout à fait sûr que vos pensées n’aient pas été influencées par cet endroit mélancolique.

Un sourire furtif s’était dessiné sur les lèvres de la demoiselle et, étrangement, le sentiment, rarement présent dans le cœur d’Alexiel, de vouloir agrandir ce sourire, habita l’esprit du jeune homme qui en fut troublé. Cette sensation nouvelle d’incertitude s’amplifia peu à peu, à mesure qu’il prenait conscience que quitter les grands yeux bleus de la jeune fille semblait être impossible. Les regarder était comme sombrer dans une mer calme huileuse qui, à chaque mouvement de l’âme, pouvait se déchainer, il le sentait et en était presque fier. Fier d’avoir rencontré, même après sa mort, une personne capable de recréer sa curiosité poussiéreuse.

- Vous êtes aussi perspicace qu’une mère, Ma Demoiselle. Il est vrai qu’à force de chercher ce que je n’arrive à trouver, mon esprit s’est engourdi par la nostalgie du temps passé, de ce temps où les heures s’écoulaient doucement, ne laissant derrière elle que des souvenirs vaporeux à qui mon âme n’accordait que peu d’importance. Peut-être est-ce ce sentiment d’être constamment perdu qui rend mon sourire habituel un peu trompeur, même si, je pense pouvoir l’avouer à une jeune fille sur qui ce charme superficiel n’aurait aucun effet, il l’était un peu depuis le début. Il m’a bien aidé à cacher mes émotions et je suis bien heureux de rencontrer en vous une personne différente, assez généreuse pour ouvrir son cœur aux autres et en deviner les chagrins, brisant ainsi leurs minces couvertures. Ma chère, si cette appellation ne vous importune pas, c’est en conversant avec une charmante personne comme vous qu’on regrette moins la vie.

Lorsqu’elle se retourna vers lui, le sourire large et le regard décidé, il ne put s’empêcher de mêler à son sourire courtois un certain plaisir. Pouvait-il faire autrement, alors que son envie troublante de voir un véritable sourire sur ce visage aux traits fins ne cessait de le tourmenter comme pour le punir de n’avoir jamais ressenti un tel désir auparavant. En entendant la demoiselle prononcer son nom, il ne put s’empêcher de le répéter, comme pour savourer l’accent délicieusement adorable de ce prénom. Il lui allait parfaitement.

- Je ne saurais garder mon sang froid devant autant de perfection, votre prénom surpasse en originalité tous ceux que j’ai entendu avant lui. Je me sens presque déçu de vous dire que mon prénom, lui, bien qu’il ait une tournure religieuse, ne me présente aucunement, j’en suis fort ennuyé. Je m’appelle Alexiel. J’espère que cela vous sera utile car savoir qu’en quittant cette église, je ne vous reverrais jamais me fait déjà craindre la fin de notre entretien.

Il s’approcha doucement de la demoiselle et prit sa main, une petite main blanche et douce sur laquelle il posa ses lèvres sans pouvoir cacher entièrement le léger rougissement de ses joues. En levant la tête, son sourire avait perdu sa tromperie, comme s’il s’était enfin vêtu de sincérité.
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Mar 23 Déc - 21:52

Elle n'avait aucune idée de ce qu'il allait répondre, c'est pour ça que, pendant un moment elle pensa ne pas le provoquer, ne serait-ce qu'un instant, car lui, en revanche, était une des rares personnes qui avaient réussi à provoquer la curiosité de la jeune fille. Lorsqu'il lui répondit, son temps de voix ne changea pas au début, et elle n'arrivait pas à arrêter de détourner son regard vers les yeux du jeune homme, mais elle ne voulait pas, pas à cet instant, se retourner. Il s'arrêta un moment, et elle sentit une certaine ambigüité dans l'esprit du jeune homme, dans tout son être. Pourquoi son regard semblait-il si indéchiffrable à cet instant? Elle se surprit à se demander ce qu'il pensait, elle baissa la tête, et il continua ses propos.

Cette fois-ci, son ton était tout simplement sincère et son regard vrai, en l'entendant parler de la sorte elle eut enfin le courage de le regarder en face et de lui sourire. Alors... c'est ce qu'il ressentait; la mélancolie étouffante de la routine, l'accablante similitude des heures qui s'écoulent avec une lenteur suffocante, l'ennui était plus qu'il ne pouvait le supporter. C'est vrai qu'il lui arrivait, à elle aussi, de ressentir cette sorte de vide qui se conformait inlassablement aux lourds instants qu'elle vivait, mais elle ne l'était pas à tel point jusqu'à en souffrir, car elle avait un but à accomplir, mais lui, par contre, semblait bien malheureux de subir la morose routine de son existence. Lorsqu'il se présenta et lui baisa la main, elle se montra sceptique. Retirant sa main, presque instinctivement sous le contact frisquet de ses lèvres, elle essayait de se montrer indifférente, presque flegmatique quant à son approche.

-"Je crois vous comprendre, Sir Alexiel, mais je n'aurais la prétention de l'affirmer, car, contrairement à vous, dont le cœur est rongé de peine ainsi que de monotonie, j'ai quelque raison qui me défendent d'en souffrir. J'imagine bien que vous devez vous lasser de faire la cours à de belles jeunes filles, molles et obtuses, si vous me pardonnez ma mesquinerie..."

Elle se tut un moment et exprima un sourire tout enfantin, comme si, même si elle se le défendait elle-même, elle commençait à le provoquer.

-"Cependant, soyez certain qu'il existe un remède à votre mal, et je le connais. Trouvez-vous une raison qui prenne tout de vous et de vos pensées, ceci est un conseil. Nous sommes, hélas, voués à l'abandon de la mort, qui est l'essence même de la vie, nous l'avons déjà vécue, que ce soit volontairement ou à contre cœur, cette mort qui nous a abandonnés, jugeant que nous fumes peut être inférieurs à ceux qui la craignent à présent, ceci est la funeste vérité de notre existence. Mais croyez bien que nous n'avons point échappés à la mort, car la mort qui nous guette, nous, êtres éternels est celle de l'âme. Notre âme, privée de sa quintessence se fane. Vivre éternellement en ayant une ambition n'est-il point mieux que de mourir à petit feu, Sir Alexiel?"

Elle sourit de plus belle, en se donnant un certain plaisir à souiller son ton avec une sorte d'ironie de petite fille gâtée.

-"Cela ne vous rapporte peut être rien venant de ma part, moi, une petite fille morte malencontreusement après quinze ans de vie, et s'aurait, crois-je, un effet tout autre si une jolie jeune fille qui ne pense certainement pas sincèrement ses mots vous le disait..."

Cette fois-ci, c'était proche du sarcasme, comme si elle lui reprochait le fait d'avoir eu, à un moment, ce petit air enjôleur dont tous les séducteurs se vantent. Mais elle savait parfaitement que son sourire était franc et réel. Elle se sentit soudainement moins détendue et plus à l'aise, elle bondit sur une table, de son élan léger de petite fille insouciante, comme si elle se trouvait en la compagnie d'un ami.


Dernière édition par Celestia le Mer 24 Déc - 16:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Mer 24 Déc - 0:31

Sa réponse froidement silencieuse face à son approche ne fit que sourire Alexiel. Ce n’était pas la première fois qu’une jeune fille le regardait de haut lorsqu’il accomplissait ce ‘rituel’ poli de gentleman. Combien de fois ces filles nobles, arrogantes et imbues d’elles-mêmes qui n’avaient aucune importance à part celle que leur procurait leurs fortunes avaient elles eu cette expression sceptique sur le visage ? Il ne pouvait que ricaner intérieurement et son regard n’exprimait alors qu’une rancune qui, dans la majorité des cas, perdait à tout jamais la demoiselle qui se voyait punie d’avoir blessé son amour propre. Oh, il était si capricieux à cette époque nuageuse de son adolescence. Les conséquences de ses actes lui importaient peu, tant qu’il pouvait se baigner dans la mer profondément mielleuse qu’était le luxe et l’ignorance de demain. S’il avait su qu’il allait mourir ainsi, aurait-il gaspillé tant d’années à jouer au coureur de jupons, en volant ce que les autres n’arrivaient à toucher ?

Plus il dévisageait Celestia et plus elle lui rappelait une personne mais il ne savait plus à qui le visage enfantin de la demoiselle ressemblait, et cette question permanente qu’il se posait à lui-même augmenta son trouble qu’il dissimulait merveilleusement derrière ses airs frivoles et courtois. Cette détermination dans le regard, ces expressions enfantines, ces paroles teintées d’une certaine ironie… tout lui rappelait quelqu’un mais qui ? Alexiel ne pouvait se sortir cette question qui le tourmentait de plus en plus à mesure que Celestia parlait ou faisait ne serait-ce qu’un petit geste. Mais ses paroles prenaient une tournure sarcastique qu’il dépréciait. Si cela avait été possible, il aurait ri de la gaminerie adorable avec laquelle elle se moquait de toute la gente féminine, comme si elle mêlait toutes les femmes du monde pour les mettre dans un seul bocal. Les belles, les laides, les sensées, les stupides, les riches, les pauvres… ces critères si importantes pour l’aristocratie semblaient indifférentes à ses yeux et il ne sut retenir un sourire en coin en l’écoutant essayer de le comprendre.

- Eh bien… Serais-je devenu à vos yeux ce qu’est le mauvais pantin aux yeux d’un roi ? Je reconnais être un peu peiné, je suis prêt à parier que je suis resté bien plus longtemps que vous à chercher une personne capable de me donner le bonheur que je n’ai point connu en tant que vivant. Le cœur d’une jeune fille ayant aperçu le bonheur durant sa vie car je suis presque sûr que vous avez déjà connu quelque aventure qui aurait imprimé sur votre esprit une idée vague de l’amour mais qui vous pousse néanmoins à le rechercher de nouveau, est bien plus déterminé que celui d’un jeune homme n’ayant vu dans ce demi siècle d’errance que des trahisons et des barbaries fort ennuyantes. J’ai eu beau courtiser, allumer cette flamme que l’on appelle Amour dans le cœur de bien des jeunes filles, aucune d’elle n’a su rendre ce sentiment réciproque même celle qui aurait dû y arriver...

Il fit une pause et reprit, avec un air rieur:

-Quant aux belles demoiselles molles et obtuses, comme vous le dites si bien, certaines, voire plusieurs, ne méritent point votre moquerie.

Bien des fois, Alexiel n’avait pu s’empêcher de provoquer des leçons de morale accompagnées de conseils qu’il ne suivait jamais. Cela le laissait de glace mais lorsque la jeune fille prit la peine de continuer à le juger, il répondit un peu violemment :

- Sachez alors que j’ai déjà une raison pour laquelle la Mort a trouvé juste de me laisser ici.

Surpris lui-même de la brutalité de sa réponse, il se dépêcha de dire :

- Je ne sais si j’arriverais à réaliser ce rêve qui me semble si loin de moi. Je pourrais même le comparer à une lune qui attire de par sa beauté et son voile mystérieux mais qu’on ne peut atteindre… Cependant, je suis de votre avis. A quoi bon insulter la Mort en passant notre éternité à fuir les Exorcistes en observant le mode ? Mieux vaut réaliser ses rêves pour finir ce qui ressemble, à mes yeux, à un tour que Dieu nous joue pour s’amuser.

Il se surprit à rire aux paroles de la jeune fille, malgré le sarcasme dont elles étaient emplies. Son rire s’amplifia lorsqu’elle sauta sur une table et il se mit à lui dire, comme il aurait parlé à une amie d’enfance :

-Faites attention, Dieu pourrait vous en vouloir de souiller le mobilier de sa maisonnée.

Il savait maintenant à qui elle ressemblait. Sanaé, sa soeur sarcastique et calculatrice.
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Mer 24 Déc - 18:01

Il semblait ne pas avoir compris. Au fait, c'était fort probable que ce jeune homme se sente visé par les paroles froides de la jeune fille. Elle se sentit coupable. N'était-ce point dans sa nature de juger les hommes? Elle en avait peur. Elle abhorrait ce côté d'elle-même, calculateur et horriblement froid, mais c'était là ses épines contre toute menace extérieure. Lorsqu'il eut terminé ces paroles elle sentit plus fort que jamais la lame qui n'avait cessé de transpercer son cœur depuis le moment où elle a décidé de s'éteindre. Le jeune homme, avec son air emporté et les paroles qu'il proférait, essayant désespérément de se défendre lui-même, lui reflétait sa propre image. Elle baissa la tête, trop fière pour s'excuser mais raisonnable pour murmurer doucement.

-"Vos yeux sont l'irisation des miens. Cherchez-vous une illusion pour en être si meurtris? Me serais-je montré froide? Je n'ai jamais désiré vous provoquer, même si je l'ai fait. Je vous ai jugé sans vous connaître, mais vous m'avez méprisée sans saisir le vrai sens de mes paroles, car elles étaient dénuées de clarté, et je m'en excuse. Je disais que votre remède serait une raison d'exister, mais je ne vous ai point accusé de ne pas en avoir."

Lorsqu'il s'emporta pour de bon, elle fit un sursaut et son regard semblait effaré et surpris, ses lèvres tremblaient, elle avait désormais peur qu'il ne lui fasse du mal, mais elle ressentait toujours cette sorte d'attirance, comme si elle voulait percer le secret qui l'avait mené à être si violent.

Il continua ces propos, cette fois avec plus de douceur et moins de dureté.

-"Réalisez alors vos rêves, Alexiel..."
Murmura-t-elle en essayant de se faire plus inaudible que possible.

Elle se montra plus amicale et souriante. Et, sautant sur la table, elle fut surprise de l'entendre lui parler de la sorte, lui qui devait la mépriser. Son air effrayé ne disparut pas, comme si elle craignait toujours d'être blessée par le jeune homme, mais comment pouvait-il la blesser? Elle était toujours aussi peureuse.

-"Dieu dites-vous... Je n'ai pas peur de l'offenser pour si peu... car je l'ai déjà assez fait..."

Elle essaya de se montrer sceptique cette fois encore mais elle ne réussit pas à étouffer la boule douloureuse qui lui serrait le cœur. Cette fois, il fallait qu'elle se ressaisisse et qu'elle ravale sa fierté de petite fille.

-"Pardonnez-moi..."


Dernière édition par Celestia le Mer 24 Déc - 23:47, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Mer 24 Déc - 20:17

A force d’observer la jeune fille, il prit conscience de ses actes. Jamais personne n’avait osé le critiquer, ne serait-ce qu’indirectement. Qui serait assez téméraire pour risquer la mort ? Toucher l’orgueil d’un futur duc dont l’importance et la richesse pouvaient presque égaler celles du roi, si elles ne les surpassaient pas discrètement. Lorsqu’il disait une parole niaise qui prouvait son ignorance, tout le monde en riait gentiment mais personne ne cherchait à le corriger ou à critiquer son avis puéril. Quelque soient ses actes, il n’était jamais jugé. On dit toujours qu’à force de tomber et de se relever, on devient plus fort. Alexiel qu’on avait constamment protégé des chutes ne savait point se relever et si le mince bouclier qui le protégeait des attaques extérieures était robuste, ce n’était pas une question de force mais d’instinct. Il ne connaissait du malheur que les scènes de la vie qu’il avait observées pendant le demi-siècle passé à hanter la terre. Il était comme un enfant qui avait tout lu de la vie mais n’avait rien vécu. Il savait tout et ne savait rien en même temps. Il était aussi maladroit qu’un trapéziste débutant sa carrière.

- N’ayez donc pas peur, je ne suis pas homme à faire du mal à une femme. Je suis fort peiné de voir que vous pensez que je suis capable de me montrer ma colère par des actes irréfléchis et brutaux. Je m’excuse de m’être emporté d’une façon aussi niaise et puérile, j’en suis fort confus moi-même. Je n’ai pas cherché à comprendre vos paroles et je n’en ai pris que ce que mon cœur craignait car vous n’avez pas tout à fait tort. J’ai une raison d’exister mais au fond de moi, je la méprise entièrement. Je n’ai point vu, dans ma vie, ce qui pourrait me pousser à croire que c’est dans cette raison que je trouverais un peu de bonheur.

Il eut ce petit sourire confus qu’ont les enfants lorsqu’ils s’excusent pour la première fois. Il en était surpris lui-même, bien qu’il ne voyait aucune autre solution pour montrer ses regrets. Il l’entendit alors murmurer une parole qu’il ne put comprendre, les seuls mots qu’il réussit à distinguer étaient ‘réaliser’ et son prénom que, pour la première fois, elle prononçait sans ajouter le suffixe de politesse. Il s’en réjouit et les dernières traces de sa colère se dissipèrent. Il fut alors heureux de voir qu’elle paraissait, elle aussi, avoir oublié sa saute d’humeur bien qu’un air un peu effrayé restait encore encré sur ses traits enfantins. Le fait qu’elle puisse cacher sous ses airs orgueilleux un peu de peur l’amusa au point où il en rit, sans penser que cela pouvait la vexer. Et même si cela arrivait, il était impatient de voir quelle parole sarcastique elle allait utiliser pour expliquer ce côté faible de son caractère. Et la perspective de la voir prendre ses airs gamins ne faisait qu’amplifier l’amusement du jeune homme.

Mais ce qu’elle lui dit alors, lorsqu’il se moqua de ce Dieu pour qui des centaines de gens mourraient le fit un peu refroidir. Sa curiosité se ralluma et il n’aurait pas hésité à demander la cause de tant d’indifférence face au courroux du Seigneur si la galanterie et les règles de politesse ne l’en empêchaient pas. Pourtant, il voulait le savoir. Ce qu’elle avait vécu, ce qu’elle vivait, ce pour quoi elle existait encore. Jamais encore il n’avait eu envie d’en connaître plus sur une personne, pas même sa fiancée. De toute façon, cette dernière ne pouvait s’empêcher de tout lui raconter, ses journées, son enfance et même si cela paraissait l’ennuyait, elle s’excusait et continuait tout de même. Comment aurait-il pu avoir envie d’en savoir plus sur elle ? Mais la demoiselle qui se tenait devant lui, sur cette table en bois sombre était comme un cadeau précieux à son âme. Comme si c’était le premier cadeau qu’on lui offrait. Il la regarda et lui dit, hésitant, trébuchant un peu sur les mots :

- Je vous prie de pardonner mon audace mais, je ne peux me permettre de voir votre mélancolie sans vouloir en connaître les raisons car, même si vous le niez, vous avez l’air bien plus triste que pensive.

Lorsqu’elle s’excusa, il en fut un peu troublé mais il se mit à sourire avec une tendresse qu’il n’avait eue que pour quelques rares personnes.

- Je veux bien vous pardonner si vous acceptez de me conter vos aventures, Celestia.
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Mer 24 Déc - 23:41

Elle était fort confuse de se trouver apeurée pour si peu, il l'avait remarqué, et si elle ne disait ne serait-ce qu'un mot sur son état, il penserait qu'elle se justifie, et son arrogance lui défendait de dire quoi que ce soit. Lorsqu'il la rassura, elle se détendit davantage et voulu lui montrer que son intention n'était ni de le juger, ni de le critiquer.

-"Il est tout à fait ordinaire que vous vous emportiez après le sarcasme et l'insolence dont j'ai fait preuve, mais je ne voulais en aucun cas donner mauvaise impression..."

Elle esquissa un sourire furtif et haussa les épaules, comme pour changer de sujet et oublier l'humilité qui lui rougissait les joues.

-"Vous doutez-vous peut être de votre raison d'être et du bonheur qu'elle pourrait vous apporter mais voyez-vous, cette raison est tout ce que vous avez, alors croyez-y et n'ayez pas peur d'être déçu, car le temps que vous pourriez perdre en vain en étant épris de doutes est bien plus important que celui que vous pourriez exploiter à fin de réaliser vos objectifs, aussi, le temps ne devrait point trop vous préoccuper, le devrait-il?

Lorsqu'il insista, d'un ton bien solennel, sur la cause des méditations de la jeune fille, elle se tut. Il voulait lui pardonner si elle aurait l'aménité de tout lui raconter, mais cela ne se faisait pas de raconter sa vie à qui veut l'entendre. Mais elle sentait bien que cet esprit dont les yeux l’attiraient si fortement n'était pas n'importe qui, et qu'il était prêt à l'écouter. Curiosité? Pitié? Ou tout simplement le désir de tuer le temps? Elle ne pouvait connaître la cause de tant d'insistance de la part de ce jeune homme, elle hésitait. Le regard attendrit et le sourire plus sincère que jamais du jeune esprit l’enveloppait dans une sorte de chaleur douce, comme si toute trace de peur et de méfiance disparaissait. Elle se sentait étrangement dépeuplée de toute once de crainte et d'incertitude. Ce qu'elle désirait, bien avant qu'il ne propose de l'écouter, bien avant même qu'il ne franchisse la porte de l'église, était de parler, d'ouvrir son cœur. Cependant, sa fierté l'en dissuada la première fois qu'il lui parla, et elle savait tant bien que mal que son petit mensonge était découvert avant même de l'avoir prononcé. Elle trouvait fort pathétiques les gens qui racontaient leurs problèmes aux autres, qu'ils fussent prêt à les écouter ou pas, mais dans une telle situation elle se sentit pleine, pleine de larmes et de douleurs qu'elle crut en exploser, son petit corps était impuissant face à cette rafale de sentiments entremêlés qu'elle voulait crier de tout son souffle et tout extérioriser.
Elle murmura dans un ton maussade, comme si elle allait susurrer un futile secret d'enfant à un ami.

-"Je voudrais... je voudrais que mon bonheur me revienne..."

Elle n'en avait pas parlé depuis si longtemps que les mots lui brûlèrent les lèvres lorsqu'elle s'exprima.

-"Je voudrais pourvoir rire sans me souvenir... Je voudrais pouvoir courir en lui tenant la main, aussi froide soit-elle... Je voudrais entendre sa voix, revoir son visage qui commence à s'estomper dans ma mémoire... Je lui avais pourtant promis que..."

Cette fois-ci, elle ne pouvait plus s'arrêter. Ses larmes coulèrent à petit flot en un instant. Elle se haïssait de pleurer, parce que cet esprit qui se tenait devant elle, silencieux, avait certainement souffert plus qu'elle, et elle avait la prétention de pleurer devant lui.

* Arrêtes! Tais-toi!*

-"Je lui avait promis de l'aimer! De ne pas l'oublier! Mais je suis égoïste et ne pas l'oublier est trop douloureux! C'est comme si il m'avait demandé de vivre en me nourrissant d'un souvenir incertain qui ne reviendra jamais! Je n'ai plus envie d'aimer un mort, ça fait mal, et je ne peux pas vivre avec ça! Maudit soit mon égoïsme mais je n'y peux rien..."

*Plus un mot! Te rends-tu compte de ce que tu dis? Tais-toi! Assez maintenant!*

-"Je voudrais mon bonheur... Dieu m'a volé mon bonheur! Ces exorcistes me l'on volé! Je voudrais..."
*Assez!*

Elle se cacha nerveusement le visage dans les mains et trembla.

-"Je voudrais être aimée comme il m'avait aimée... Est-ce trop demandé?"

Cette fois, elle donnait l’impression de tomber, glissait lentement d'un côté, laissant tomber un des rubans qui décoraient sa chevelure. Elle s'était emportée dans ses propos, et elle ne pouvait plus s'arrêter.

-"Est-ce que je... ne le mérite pas assez?..."
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Jeu 25 Déc - 16:51

Dés qu’il eut posé sa question, une partie en lui, ce qui restait de l’ancien Alexiel, celui qui flirtait avec les courtisanes pour attirer l’attention d’une famille distante, cette partie-là regretta d’avoir posé une question aussi intime à la demoiselle. Et si son malheur était bien plus grand qu’il avait imaginé ? Ce n’est qu’après avoir commis l’irréparable qu’il se redit compte de son égoïsme. Mais ce n’était pas dans le caractère d’Alexiel de revenir en arrière et de s’excuser en demander d’oublier sa demande. Il préférait aller au bout de chaque chose qu’il entreprenait, quelque en soient les conséquences et cette façon obstinée de voir les choses lui avait causé bien des problèmes mais là où il aurait fallu calmer cette obstination futile, cette détermination suicidaire, personne n’était là ou plutôt, personne ne s’en était chargé. Et en voilà le résultat. Un esprit attendant impatiemment la réponse d’un autre esprit, cette réponse qui pouvait être un refus total ou une confession.

Son murmure le laissa sans voix et même s’il s’attendait à de tels mots, maintenant qu’il les entendait, il en ressentait la force du chagrin. Ses lèvres si sûres avant tremblaient et il s’en voulait de ne rien pouvoir dire. Mais elle ne semblait pas attendre une réponse car elle continua à parler avec cette même chaleur permanente qu’offrent les paroles qu’on tenait à dire depuis longtemps. Les mots coulaient de sa bouche d’une façon un peu saccadée et chacune de ses paroles en apprenait plus sur son passé, si bien qu’il en ressentit une douleur immense à la poitrine, comme si on lui avait mis une pierre sur le cœur ou était-ce le véritable poids de la compassion vraie ? Il n’en savait rien et ne pouvait en discuter avec lui-même car toutes ses pensées étaient tournées vers elle. En même temps, un sentiment d’incompréhension habitait son cœur. Ce sentiment qui emplit un être ignorant. Jamais il n’avait assez aimé une personne pour pouvoir penser ainsi après sa mort. Il ne s’était jamais voulu d’avoir oublié le visage de ses parents, ou de sa sœur. Ainsi, ce sentiment de rancune envers soi-même ne l’avait jamais touché.

*Est-ce ça l’amour ?*

Il aurait pu continuer à se questionner mais en voyant des petites gouttes salées courir le long des joues pâles de l’esprit, il en fut bouleversé et, étrangement, bien que ce soit la violence de cette tristesse qui le touchait le plus, cette scène qui lui en rappelait une autre touchait un point sensible en lui. Enfant, les larmes le laissaient indifférent, il pleurait, tout le monde pleurait. Sauf que lui, en tant qu’enfant malicieux, il pleurait pour s’approprier certaines choses, un jouet, une pitié utile… Et il s’était mis en tête qu’il en était de même pour le monde. En grandissant, cette idée saugrenue disparut de son esprit et il ne restait en lui que du mépris pour ces rivières de chagrin qu’Elle laissait couler lorsqu’il se montrait méchant. Un autre que lui aurait eu pitié mais lui, il avait fini par haïr les pleurs. Mais maintenant que Celestia, avec toute sa sincérité pleurait devant lui en lui confiant sa tristesse, il comprenait la stupidité dont il avait fait preuve.

Il l’écoutait en silence, sans jamais interrompre le flot de paroles avec lesquelles elle exprimait ses sentiments enfouis en elle. Et chaque parole le rapprochait de la vérité, chaque parole imprimait en lui une nouvelle information qu’il essayait de comprendre petit à petit. Lorsqu’elle avoua sa rancune envers Dieu et les exorcistes, ce fut comme si dans la noirceur où échouaient les sentiments de Celestia, une lumière venait de s’allumer. Elle s’était donc éprise d’un esprit ? Une histoire digne de Shakespeare… Mais comment Alexiel pouvait-il comprendre cela si cet illustre auteur n’existait pas encore ? Mais cet amour impossible qu’elle avait vécu la rendait à la fois si forte et si vulnérable aux yeux du jeune homme. Et cette impression s’amplifia lorsqu’elle mit ses mains sur son visage en tremblant.


Lui qui pensait rester silencieux, attendant qu’elle ait fini… il ne put retenir son mouvement lorsqu’elle prononça ses dernières paroles. Il attrapa le poignet fin de la jeune fille et la poussa vers lui. Sans qu’elle ne puisse échapper à son étreinte, elle tomba dans ses bras et sans même qu’il ne sache vraiment ce qu’il faisait, il la serra.


- Si, sur cette terre, il y avait une personne méritant plus que personne d’autre l’amour de quelqu’un, ce serait certainement vous.

Il la serra plus fort, comme pour la sentir plus proche de lui et continua à dire ce qu’il avait retenu auparavant.

- Je pense que cet homme que vous avez aimé serait plus heureux de vous voir heureuse en l’oubliant que triste en vous souvenant de lui. Si non, l’égoïste, ce serait lui et non vous, Celestia. N’est-ce pas vous qui m’avez dit qu’il fallait que je réalise mes rêves ? Je vous donne le même conseil, maintenant. Comment pouvez-vous toucher le bonheur si votre cœur s’est éloigné d’une chose à laquelle votre esprit se cramponne ? Ne soyez pas tournée vers le passé sinon, vous ne pourrez pas aller de l’avant. Il y a tant de personnes sur cette terre qui ne sont là que pour vous permettre de recréer un lien avec le bonheur.

Et comme poussé par une tendresse qu’il essayait de retenir, d’enfouir en lui, il déposa un léger baiser sur le front blanc de la jeune fille. Il sourit doucement comme pour s’excuser de l’avoir fait mais il ne l’avait toujours pas relâchée.

- Si j’avais encore un cœur, je suis sûr qu’il battrait à toute vitesse… comme jamais il n’avait battu..
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Jeu 25 Déc - 20:46

Elle s'arrêta net. Le contact du jeune homme était certes glacé, mais réconfortant. Ses bras autour d'elle étaient comme une muraille infranchissable qui pouvait la protéger de tout, les larmes ne venaient plus, elle arrêta de pleurer. Les mots rassurants coulèrent dans les oreilles de la jeune fille et atteignirent son cœur comme du miel, si doux et si sucré qu'elle pria qu'il ne se taise jamais. Subitement, toute froideur disparut, et son étreinte lui sembla plus tiède que jamais, elle retrouvait dans les bras de cet esprit censé avoir perdu tout de la douceur de la vie une chaleur suave qu'elle avait depuis longtemps oublié. A quoi pensait-il? Pourquoi avait-il fait ça? Sa tête tournait comme si on l'avait violemment secoué, et elle se surprit, et ce fut fort désagréable pour elle, à apprécier le fait d'être dans les bras du jeune homme.

*Tu lui avais promis de ne jamais l'oublier, et voilà que tu te plais dans l’étreigne d’un homme que tu viens juste de rencontrer.*

Elle releva légèrement les bras et caressa le dos de son "nouvel ami" d'un geste presque imperceptible, comme pour le sentir une dernière fois avant de se dégager, et il lui sembla effleurer une surface en verre, moite mais tendre au toucher. Elle se décolla rapidement après le baiser qu'il déposa sur son front, mais elle n'y arrivait pas. On aurait dit qu'une force intérieure lui défendait de le faire, comme si son corps et son âme entière se vengeaient de s'être si longtemps trouvés abandonnés. Elle baissa la tête, impuissante.

-"Je vous remercie de tant d'attention à mon égard. Mais j'ai bien peur de m'être emportée dans mes propos, veuillez me le pardonner..."

Elle essuya avec peine les traces que ses larmes avaient laissées sur ses joues du revers de sa manche.

-"Je me suis montrée devant vous bien faible et j'en suis navrée. N'accordez point d'importance à mes propos, elles n'en valent pas la peine, ce n'était que la cause de mon inconscience ainsi que de ma nature égoïste et plaintive..."

Elle se redit lentement les dernières paroles du jeune homme, puis, souriante, déposa une main chétive sur sa poitrine gauche et déclara, oubliant toutes les larmes qu'elle avait versé.

-"Mais vous en avez un... et je peux le sentir battre, ou peut être est-ce mon imagination."

En effet, ses paroles étaient impossibles mais il lui semblait ressentir un soupçon de mouvement à l'intérieur du corps inerte du jeune esprit, comme si son corps reprenait vie, s'enflammait à cet instant.
Puis, sans trop réfléchir elle saisi la main qui l'étreignait et la plaça juste sur l'endroit où le cœur aurait pu être.

-"Il suffit juste de le désirer, et il battra de nouveau..."

Puis, d'un élan encore plus rapide que le précédant elle réussit à se dégager entièrement, et, de sa voix claire et dégagée elle s'exclama.

-"Maintenant, c'est à votre tour de me parler un peu de vous, de cette raison qui vous maintient sur cette terre, je serais à l'écoute de ce que vous allez me dire! Vous méritez bien de vider votre cœur, si je puis le dire ainsi... après tout vous avez du subir mes sanglots inutiles."

Elle souriait et essayait d'offrir dans son sourire toute la confiance et la bonne foi qu'elle pouvait donner pour qu'il lui parle sans rétention.

"Parlez-moi comme si j'étais votre amie..."
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Ven 26 Déc - 0:07

[HRP: Huhu, j'ai atteint mes 100 lignes XD Euh... c'pas pour ça que je parlais XD Désolée... C'est juste pour dire que j'ai préféré mettre le récit en un seul post. Alexiel est bavard T.T]

Il aurait pu regretter son geste, s’en vouloir et s’excuser mais en la sentant si froide et si chaude à la fois, il ne pouvait se détacher d’elle. Même ce contact glacial qui les caractérisait semblait être une rivière douce coulant sur lui, une chose réconfortante qu’il serrait contre lui, lui qui devait être tout aussi dénué de chaleur. Les excuses qu’elle exprima en se détachant un peu de lui se firent à peine entendre du jeune homme tant elles lui paraissaient sans importance. Les paroles qu’elle se mit à dire ensuite connurent le même ‘succès’ à ses yeux. Ne pas accorder d’importance à ses propos ? Comment le pouvait-il ? Il se mit à admirer la modestie franche de la jeune fille. En d’autres circonstances, il se serait moqué de la personne qui se plaignait à lui… tout comme il l’avait fait avec Elle. Les seules personnes à avoir reçu ses conseils sans être repoussées étaient Alphonse et Chiita. Et encore fallait-il choisir le bon moment. Alexiel était vraiment un gamin orgueilleux et individualiste. Ces longues années passées à chercher le bonheur l’avaient changé. En bien ou en mal ? Ce n’est point mon rôle de répondre à une telle question. Lui-même ne devait point se rendre tout à fait compte du changement qui s’était lentement opéré en lui. Mais on en peut complètement changer une personne et il était dans la nature d’Alexiel de ne pouvoir être lui-même dans une situation nouvelle sans dire quelque chose d’inapproprié…

- Voyons, c’est dans la nature d’une femme d’être faible !



Il ne s’en rendait compte que dans la seconde qui suivait les propos fort stupides qu’il lui arrivait de dire. Son visage devint rouge et un air paniqué prit place sur son visage mince.

- Je… Je suis extrêmement désolé ! Il m’arrive parfois de dire quelque phrase embarrassante dont le sens ne me frappe que bien après et souvent trop tard ! Je comprends que vous en soyez furieuse ! Mais ce sont vos propos trop modestes qui m’ont sans doute poussé à dire une bêtise. Nous sommes amis, n’est-ce pas ? Alors chacune de vos paroles est importante pour moi.

Même s’il ne sentait pas directement le contact de sa main sur sa poitrine, il sentait le poids léger de la main blanche qui s’était posé sur l’endroit exact où aurait dû se trouver son cœur. Il ne sut que répondre aux doux mots qu’elle prononça, si doux qu’il en était étonné. Etait-ce vraiment à lui qu’elle parlait ? Etait-ce vraiment à lui qu’on s’intéressait avec tant de gentillesse ? Il sentait comme une flamme en lui se rallumer. Une flamme qui s’était éteinte il y a de cela bien longtemps et qui, au contact de la jeune fille, avait retrouvé assez de force pour briller et le crépitement doux de cette flamme invisible, le bruit chaleureux du feu semblait remplacer pendant de longs instants un cœur matériellement introuvable.

Il fut un peu étonné lorsqu’elle saisit sa grande main et la posa sur l’endroit où se trouvait, quelques secondes plus tôt, sa propre main. Ce qu’elle lui dit alors le fit sourire et il répondit calmement, comme si ce qu’il allait dire était une logique inébranlable.


- Quelle importance qu’il batte ou non ? Je sais qu’il est là dans ma poitrine. Sinon, comme pourrais-je ressentir ces émotions qui me troublent aussi violemment ? Comment pourrais-je avoir tant envie de rester prés de vous pour parler encore et encore ? Comment une seule de vos larmes pourrait-elle me causer dans de chagrins ? Comment un seul de vos sarcasmes pourrait me bouleverser et me toucher à ce point ? Je n’ai pas besoin de sentir le tic tac permanent de cette horloge vitale aux humains. Ses sentiments qui germent en moi suffisent amplement à me faire sentir la présence de ce cœur que je ne peux entendre.

Elle finit par se dégager complètement, profitant du fait qu’il ait relâché son étreinte. Il voulait bien lui raconter un peu de ce passé qu’il n’avait jamais partagé avec quelqu’un. Mais quelque chose l’en empêchait un peu. Comme si une main invisible le retenait. Il savait qu’à peine son récit commencé, il ne pourra s’arrêter qu’à la fin. Cependant, le sourire confiant qu’elle lui lança finit par le décider et il lui dit en riant d’un rire un peu forcé :

- Je vous préviens que cela sera certainement très ennuyant. Je ne suis pas capable d’arrêter un récit, je m’en excuse.

Il s’assit sur le bord de la table et lui fit signe de prendre place à côté de lui. Il inspira un bon coup, jeta un coup d’œil sur la statue de la Sainte Marie et commença son récit :

- Si vous voulez imaginer ma famille, il suffit de réunir un duc d’une importance due et à l’immensité de sa fortune et aux responsabilités qu’il devait endurer, une duchesse banale, attirant de par son intelligence, sa finesse d’esprit et sa beauté, un héritier excentrique et rebelle, une jeune fille terre à terre ne pensant qu’à son avenir de jeune mariée et un cadet incapable de marcher, passant ses journées dans une bibliothèque, cloué sur une chaise roulante. Excusez moi pour la vulgarité de mes propos mais je suis encore énervé rien qu’en le revoyant, seul avec sa servante, dans une immense pièce sombre où flottait une odeur désagréable de vieux livres et d’humidité. Il en sortait parfois pour aller dans le monde et je me haïssais de le laisser là, au milieu de tant d’hypocrisie. Ma sœur passait toute l’année dans une pension. Ma mère voulait la faire entrer dans les Carmélites, mais mon père, méprisant la religion, avait refusé. Sanaé car tel était le nom de ma sœur, devait me considérer comme un boulet, un obstacle à ses projets de réussite. Nous n’étions pas proches et seul le sang nous liait. Mes parents étaient très fiers de ces deux-là. Ils étaient parfaits. On aurait pu les comparer à deux poupées de cire. Contrairement à eux, je me rebellais constamment, au lieu de me trouver au bal du roi, je jouais aux cartes dans le salon d’une bourgeoise. Ce jour-là, j’ai bien cru que mon père allait me renier ! Je me travestissais lors des réceptions, je parlais politique avec des généraux soupçonnés de complot contre le Roi, je faisais en sorte que l’on me voit en jolie compagnie… Mes parents ne savaient plus comment retenir ma ‘folie’ mais ma mère, très encrée dans la religion voyait le reniement d’un enfant comme un ticket sans retour vers l’Enfer. Un jour, ils me la présentèrent. Anne Constance de Granville. A mes questions forcées, elle ne répondait que par le strict minimum comme pour éviter de titiller ma curiosité. Elle évita tout contact, direct ou non avec non. Nos yeux ne se rencontrèrent point et à chaque fois qu’elle me voyait, elle rougissait. Il en fut ainsi pendant plusieurs semaines, puis, soudainement, lors du bal de la Rose, mon père me poussa à l’inviter en tant que danseuse principale. A cet instant-là, je ne compris pas sa réaction. Ce n’est que, des mois plus tard, qu’elle m’avoua que les larmes qu’elle avait versées étaient dues à l’immense joie qu’elle avait ressenti. Si elle me l’avait dit à ce moment-là, peut-être mon cœur frivole aurait compati mais lorsqu’elle pleura, je la méprisai immédiatement. Ce sentiment m’habita tout au long du bal mais je fus parfait, je ne la quittai pas un instant et je peux vous assurer que jamais aucune demoiselle n’avait eu droit à tant de délicatesse de ma part. Dés le lendemain, je me mis à le regretter. Ce que je prenais pour de la timidité naturelle n’était en fait que de l’incertitude. Elle avait retrouvé sa véritable nature. Bavarde, elle me parlait constamment, de tout et de rien et même si je me montrais ennuyé à ses côtés, je ne voyais jamais le temps s’écouler lorsqu’elle parlait. Elle était dotée d’autant de défauts que de qualités. Je ne me tromperais point en disant que si je l’avais épousée, je ne serais pas heureux mais je ne serais pas malheureux non plus. Elle m’aimait vraiment. C’était la seule personne qui semblait s’intéresser vraiment à moi. Au véritable Alexiel et non au futur duc fortuné. Je suis certain que vous l’auriez adorée. C’était le genre de fille optimiste qui était capable de dire des stupidités telles que … « Tenez bon, si vous donnez le meilleur de vous-même vous réussirez, j’en suis sûre ! »

Il montra alors un pendentif auparavant caché sous sa chemise. Le bijou était en fait une mince chaine en or où se balançait une boule plus ovale que ronde faite dans le même métal précieux. Il l’ouvrit et la donna à Celestia. Cette dernière pouvait alors admirer une petite peinture, minuscule, représentant une belle jeune fille aux longs cheveux blonds et au mince visage parfaitement ovale où brillait un regard mélancolique et bleu.

- Pour son anniversaire, que j’avais feint d’oublier, je ne sais plus pour quelle raison, elle m’avait dit, et je me souviens encore du ton suppliant et doux qu’elle utilisa : « Portez ce pendentif toute votre vie et même après, jusqu’à ce qu’une personne s’empare de votre cœur. » Elle s’était mise à pleurer en disant : « J’espère que vous ne le quitterez jamais. » N’était-elle pas bête ?

A ce moment-là, les larmes qu’il essayait tant bien que mal de retenir coulèrent le long de ses joues blanches. Il mit sa main sur ses yeux et continua :

- Peu après, son manoir fut incendié et elle mourut. Quelques semaines plus tard, mes parents furent assassinés. Mon frère fut envoyé dans un orphelinat spécialisé et ma sœur resta dans la pension, les deux établissements étant dirigés par la même personne, je ne me faisais pas de soucis. Mais mon frère me suppliait de le chercher. Et je ne pouvais rester sourd à ses plaintes. Je l’aimais tant ! Je vins le chercher avec sa servante, Chiita, la seule que je gardai à mes côtés après la mort de mes parents. Nous devions habiter chez un duc ami de mon père. Il était notre tuteur légal. La nuit même de Noel, il nous tua tous, de différentes façons. J’aurais pu me venger mais un être d’une telle infériorité morale ne méritait pas que je me salisse les mains. Au moins, la justice fit rapidement le lien entre notre mort et lui, car le pauvre était d’une stupidité qui n’avait d’égal que son amour pour sa complice qui, au moment où la Police l’arrêta, car l’homme avoua tout, elle essayait de planter un couteau dans le ventre de ma sœur.

Il s’essuya les yeux et lança un coup d’œil sur Celestia.

- Cette histoire est fort ennuyante, je vous l’avais bien dit.
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MessageSujet: Re: L'appel de la mémoire.   Mer 31 Déc - 1:12

[vu qu'il est déjà tard, j'ai vraiment pas la tête à écrire, désolée si c'est court et nul =p]

Il s'assit sur le bord de la table et elle rit intérieurement de fait qu'il puisse "profaner la maisonnette de Dieu" après l'en avoir avertit, mais il sembla penser à autre chose. Le fait qu'il aille lui raconter son histoire excitait la jeune fille. Elle avait toujours aimé les histoires que sont frère lui racontait quotidiennement, au bord du lit, mais elle était tout à fait consciente que l'histoire qu'elle allait écouter à présent était loin des récits imaginaires et féeriques qu'elle aimait tant, elle ressentait tout le sérieux qu'impliquait tendre l'oreille à l'écoute d'une personne. Elle partagea avec lui le "siège" sur lequel il avait trouvé confort et posa sur lui un regard attentif.
Et il parla. Lorsqu'il entama avec sa famille, elle ressentit un léger pincement au cœur, comme si elle avait mal de ne pas pouvoir comprendre ce qu'il avait vécu. Il commença alors à parler de sa fiancée, et elle se sentit plus intéressée par le récit qu'elle ne l'était avant. Elle essayait, vainement, de déchiffrer l'expression que ses yeux donnaient, et à fur et à mesure qu'il parlait de la fille vers qui il semblait vouer une certaine tendresse, elle ressentait une étrange sympathie pour elle, il eut raison lorsqu'il dit que si elle l'avait connue, elle se serait sans doute liée d'amitié à elle. Lorsqu'il lui montra le pendentif, elle fut encore plus attirée par la jeune fille qui y était illustrée, par son visage tendre et son regard clair. Elle saisit le pendentif par la paume de sa main et s'abîma dans la contemplation de ce visage. Il continua, mais, au moment où il prononça le mot "bête", elle releva subitement la tête tout en lâchant le pendentif, et elle sentit, bien avant qu'elles ne coulent, les larmes du jeune homme dans sa voix. Sans rien dire elle posa des doigts pâles sur les joues de son interlocuteur et sourit, tout en continuant de l'écouter, et lorsqu'il eut finit, non sans rancune ni haine, de parler de sa mort et de celle de sa famille, il la lorgnait de nouveau, cette fois d'un regard amer, elle ne put s'empêcher de lui prendre les deux mains entre les siennes et murmurer, la voix étouffée par quelques larmes inexplicables, comme pour lui redonner du courage.

-"Pleurez, Alexiel, et n'en soyez pas honteux... Il est tout à fait ordinaire de pleurer, dans votre cas, la mort de tant d'êtres aimés, moi qui n'en ai perdu qu'un seul, j'eus la prétention de verser quelques larmes..."

Et lorsqu'il s'essuya les yeux et s'excusa et lâcha comme instinctivement.

-"Que nenni! Il n'est jamais ennuyeux d'écouter une personne nous confier sincèrement ses plus profondes peines... surtout si c'est une personne vers qui on ressent de la sympathie..."

Elle sourit tendrement, comme une mère qui protège son enfant de ses plus grandes craintes et s'exclama, recouvrant toute sa bonne humeur.

-"Merci infiniment de vous être confié à la pauvre petite effrontée que je suis, j'espère que vous en avez trouvé quelque réconfort, Alexiel."
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L'appel de la mémoire.

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